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En profondeur

Mise à jour le vendredi 30 janvier 2009 à 15 h 24 HAE

Gaza, otage de l'histoire

En juin 2006, Israël lance contre la bande de Gaza l'opération Pluie d'été pour récupérer un soldat enlevé par des activistes palestiniens et tenter d'enrayer les tirs de roquettes. La quête de ces objectifs, qui ne sont pas atteints, se solde en revanche par la mort de 200 personnes, la plupart des civils, et l'arrestation de dizaines d'élus et d'officiels du Hamas.

Pendant ce temps, les tensions fratricides entre membres du Fatah et du Hamas s'avivent. Les affrontements armés sont quotidiens entre les partisans des deux camps, tandis qu'au sommet, le gouvernement Haniyeh est en butte à la résistance d'une partie de l'Autorité palestinienne, alignée sur le Fatah.

L'accord de La Mecque, conclu en février 2007 sous l'égide de l'Arabie saoudite entre les deux adversaires, ne convainc personne: ni les États-Unis, ni Israël (qui maintiennent leurs sanctions), et encore moins ses signataires.

Le roi Abdallah d'Arabie saoudite, entouré de Khaled Meshaal, chef en exil du Hamas, et de Mahmoud Abbas, chef du Fatah

Photo: AFP/Suhaib Salem

Le roi Abdallah d'Arabie saoudite, entouré de Khaled Meshaal, chef en exil du Hamas, et de Mahmoud Abbas, chef du Fatah, au moment de la signature de l'accord de La Mecque

La rupture

L'encre de ce document qui devait donner le jour à un gouvernement d'union nationale est à peine sèche que la situation dégénère à nouveau, jusqu'à l'impensable. En juin 2007, au terme de plusieurs jours de violence dans la bande de Gaza, les militants du Hamas défont ceux du Fatah et prennent le contrôle de ce territoire.

Aussitôt, le président de l'Autorité palestinienne dissout le Parlement et limoge le gouvernement Haniyeh pour le remplacer par un conseil des ministres de son cru, dont l'influence s'arrête aux portes de Gaza.

La crise politique ouverte par l'élection du Hamas est consommée. Le mouvement national palestinien est désormais bicéphale.

Pour le Fatah, à nouveau maître d'une Autorité palestinienne certes amputée, cette situation inédite est saisie comme une occasion de mettre en déroute le Hamas en Cisjordanie et de reprendre en parallèle les relations avec Israël et la communauté internationale, suspendues depuis 2006. Il va jusqu'à participer à une tentative de relance du processus de paix, à Annapolis, dont les résultats se sont révélés jusqu'ici pour le moins ambigus. Néanmoins, un certain progrès économique pointe à l'horizon et Israël lève certaines restrictions.

Renforcement du blocus

Pour le Hamas, dans la bande de Gaza, les perspectives sont tout autres. Israël renforce le blocus déjà sévère qu'il avait imposé au moment de l'élection du mouvement islamiste au Parlement palestinien.

Les effets se font rapidement sentir. Le commerce s'effondre, laissant à la majorité de ses habitants l'aide internationale comme seul recours pour se nourrir. Le carburant entre au compte-gouttes, ce qui rend difficile le bon fonctionnement de la centrale électrique de Gaza. Les coupures de courant qui en résultent affectent les hôpitaux et les stations de pompage d'eau douce pour la consommation et l'agriculture.

Une roquette lancée vers Israël à partir de la bande de Gaza

Photo: AFP/Jack Guez

Une roquette lancée vers Israël à partir de la bande de Gaza en janvier 2009

À ce blocus renforcé, le mouvement répond par une hausse de ses tirs de roquettes, afin de forcer Israël à négocier une certaine ouverture des points de passage. Cette tactique permet au Hamas de conclure le 19 juin 2008 un cessez-le-feu de six mois avec Israël, sous l'égide de l'Égypte.

Mais la levée du blocus qu'il espérait avoir obtenue à cette occasion se révèle plus partielle qu'il ne l'avait souhaité. Surtout, Le Caire, qui se méfie du Hamas en raison de sa parenté avec les Frères musulmans, principale force d'opposition au régime égyptien, se refuse à ouvrir le passage de Rafah, entre la bande de Gaza et l'Égypte. Le cessez-le-feu part en lambeaux avant même d'atteindre son terme.

Les tirs de roquettes et d'obus de mortier en direction d'Israël qui, à peu de choses près, avaient cessé depuis la trêve (12 en juillet, 11 en août, 4 en septembre, 2 en octobre, selon le ministère israélien des Affaires étrangères), reprennent par dizaines dans la foulée d'une incursion israélienne dans Gaza le 4 novembre.

Le 27 décembre, Israël lance l'opération Plomb durci, dont la préparation, comme le révélera une enquête du quotidien Haaretz, avait été entamée alors même qu'on négociait la trêve du 19 juin.

Correspondants à l'étranger

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