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En profondeur

Mise à jour le jeudi 29 janvier 2009 à 11 h 14 HAE

Les frères ennemis

Le Hamas, au-delà de son caractère islamiste, peut être décrit comme la dernière mutation en date du nationalisme palestinien, dans ce qu'il a de plus ardemment revendicateur.

Contrairement au Fatah, son rival, ce mouvement ne porte pas l'odieux, aux yeux des Palestiniens, d'avoir en 1993 appuyé les accords d'Oslo. Certes, depuis les législatives palestiniennes de 2006, certains de ses dirigeants ont embrassé l'idée honnie d'instaurer un État palestinien sur les territoires occupés de 1967 - la Cisjordanie et la bande de Gaza - se rapprochant de la position de l'OLP à Oslo. Mais on se refuse toujours à son corollaire, soit la reconnaissance d'Israël, et la charte du Hamas, rédigée en 1988, revendique toujours noir sur blanc la totalité de l'ancienne Palestine britannique.

Seulement, la politique n'explique pas tout. La légitimité du Hamas se trouve aussi ailleurs. Fondé par la Société des Frères musulmans en 1987, il consacre une partie de son action à construire des cliniques et des écoles dans les territoires occupés, au premier chef dans la bande de Gaza où il sera de tout temps le mieux implanté.

Distribution de nourriture par une association caritative liée au Hamas, en décembre 2008

Photo: AFP/Mohammed Abed

Distribution de nourriture par une association caritative liée au Hamas, en décembre 2008

Sur le plan militaire, il gagne ses premiers galons lors de la première Intifada (1987-1990), grâce à ses brigades Ezzedine Al-Kassam, avant de devoir jouer de prudence lorsque la création de l'Autorité palestinienne met le Fatah à la tête des territoires.

La seconde Intifada (2000-2004), déclenchée par l'échec d'Oslo, confirme sa combativité. Ses attentats-suicides sont bien vus par les Palestiniens, mais la trêve consécutive à la mort de Yasser Arafat, en novembre 2004, est bienvenue: le Hamas, pas plus que le Fatah, n'a été épargné par Israël.

Le verdict des urnes

Le transfert de légitimité du Fatah au Hamas, qui s'est amorcé lors de cette révolte, est bien illustré par les résultats du mouvement islamiste lors des élections municipales qui se succèdent entre 2004 et 2005. La plupart des agglomérations de la bande de Gaza et de Cisjordanie tombent dans son escarcelle.

C'est le coup de semonce. Le Fatah reportera les élections législatives, prévues à l'origine pour juillet 2005, dans l'espoir vain d'un revirement de l'opinion palestinienne. Plutôt, le Fatah se désagrège, rongé par la corruption, discrédité par l'échec de son programme politique, puni pour la misère économique qui sévit.

Le 25 janvier 2006, les dernières illusions du Fatah sur son appui populaire volent en éclat. Le Hamas remporte la majorité absolue des sièges au conseil législatif, avec 43 % des voix. Le pouvoir palestinien entre en crise. Le Fatah, qui avait toujours eu la haute main sur les institutions politiques créées par Oslo, doit partager: le Hamas contrôle le Parlement, lui reste la présidence.

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, appelle à la création d'un gouvernement Hamas qui sera formé le 19 mars avec, à sa tête, Ismail Haniyeh.

Mahmoud Abbas au Conseil central de l'OLP à Ramallah, en Cisjordanie

Photo: AFP/Abbas Momani

Le président palestinien Mahmoud Abbas

Cette nouvelle donne bouleverse la stratégie du successeur de Yasser Arafat. Mahmoud Abbas, qui a tiré de la seconde Intifada un constat d'échec, mène depuis sa prise de pouvoir une politique destinée à amadouer Israël et l'Occident. Il compte sur l'accalmie nouvelle pour donner un second souffle à l'économie palestinienne, exsangue.

Avec l'élection du Hamas, les quelques bénéfices qu'il a su en tirer volent en éclats. Pour Israël, les États-Unis et l'Union européenne, le Hamas est une organisation terroriste - tout comme le fut, à leurs yeux, le Fatah durant la seconde Intifada. Sa légitimité, obtenue lors d'un scrutin qu'ils ont eux-mêmes encouragé, n'y change rien. On se méfie avant tout du potentiel militaire du Hamas et de l'influence relative qu'exercent sur lui la Syrie et l'Iran.

Car le Hamas, contrairement au Fatah post-Intifada, n'a pas renoncé à la violence pour faire valoir ses revendications territoriales, d'autant plus qu'il se plaît à voir, dans le retrait israélien de Gaza en août 2005, le résultat de ses méthodes de harcèlement.

Pour Israël et l'Occident, chacune des roquettes tirées de la bande de Gaza vers Israël seront par la suite autant d'arguments supplémentaires pour justifier les mesures de boycottage et les sanctions qui seront adoptées, notamment le gel de l'aide financière internationale. Or, entre janvier 2006 et la fin 2008, selon les données compilées par le ministère israélien des Affaires étrangères, environ 3400 roquettes tombent sur le sud d'Israël.

Correspondants à l'étranger

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